Utopies

Dessiner la musique

 

D’habitude, écrire la musique, c’est la noter, utiliser une notation comme celle que nous connaissons et pratiquons en occident depuis des centaines d’années, même enrichies par des évolutions récentes.
Mais peut-on oublier cette notation de la musique et  en imaginer une autre, pour tenter de la « dessiner » ? Existe-t-il un autre versant de la notation, opposé mais complémentaire, oubliant les notes pour dessiner les gestes du musicien, les mouvements des sons qu’il produit dans leur continuité ? Dessiner les modulations de l’énergie, de la respiration, des fluctuations permanentes du son, oubliant les découpages pour vivre le flux sonore, hors du temps, de tout système, de toute mesure. Essayer de vivre le mouvement comme une pure sensation, idéale. C’est une des utopies que nous vivons, en essayant de dessiner la musique. Pas de système pour guider cette recherche, mais une intuition, selon l’intuition de chacun.

 

Voici un essai de dessins à partir de fragments d’un poème de Jaques Brunius, utilisé  dans Le Traité du Jeu Vocal, en cours de réécriture.

 

 

Ces dessins ont inspiré Valérie Aimard, violoncelliste et mime, qui a chanté et mimé des fragments de ce poème.

 

 

 

Le son vocal, objet sonore, matière et métamorphoses par transformations électroacoustiques

 

On peut dessiner le son vocal, objet sonore, matière vivante, comme une forme dans sa morphologie. On peut le sculpter par le jeu vocal. On peut aussi le métamorphoser par des transformations électroacoustiques : ces manipulations, ou opérations permettent d’agir sur le son par

  • élongation
  • compression
  • répétition
  • fragmentation
  • coloration
  • transposition
  • épaississement ou amincissement
  • multiplication

 

Multiplier le son par lui même ou avec d’autres sons est une opération spectaculaire. La polyphonie permet de superposer des voix. Les mixages  électroacoustiques permettent des superpositions par multiplication en nombre illimité, comme produites par un  chœur  constitué des milliers de chanteurs.

 

Extrait de Choeurs Immaginires, « On eût dit des coups d’aile »

 

 

 

Jeu vocal- jeu instrumental- L’OMNI

 

En 1988 naissait l’OMNI, créé par Patrice Moullet, compositeur et génial créateur d’instruments, une aventure à laquelle je me suis associé dés l’origine, partageant la philosophie qui inspira la création de cet instrument nommé à l’origine « Surface légèrement sphérique ». Un instrument original, dont la forme offrait un accès direct au jeu, au moyen de gestes spontanés ne nécessitant aucun apprentissage, à un jeu d’invention de même nature que celui du jeu vocal.  Pas une machine, ni rien qui rappelle le clavier, les notes, les instruments traditionnels. Un nouvel instrument qui permette de s’immerger dans le son, de le façonner, le faire vivre  par le mouvement des mains effleurant la surface de l’OMNI. Un accès à la création aussi immédiat que par le jeu vocal, grâce à un contact direct avec le son.

 

Voici un exemple avec Jonathan Pontier, dans un essai intitulé « Délire des mots »